Violences dans la région de Bandiagara : Le JNIM intensifie ses attaques
Le mois de mai 2026 a été marqué par une recrudescence de la violence dans le centre du Mali, où le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a lancé une offensive coordonnée. Le jeudi 21 mai, cinq villages situés dans la région de Bandiagara ont été la cible d'assauts quasi simultanés, entraînant la mort d'environ vingt personnes et un exode massif de résidents.
Détails des attaques et bilan humain
Les commandos du JNIM ont frappé les villages de Logo, Soulakanda, Dimbal, Ogossagou et Kouroundé entre 17h et 18h. Ces localités, souvent isolées, ont été le théâtre de violents affrontements entre les jihadistes et les chasseurs traditionnels Dozos. Ces derniers agissent fréquemment comme supplétifs de l'armée malienne, comblant un vide sécuritaire notable dans ces zones rurales.
Les bilans, compilés par les élus locaux et les représentants de la société civile, font état d'une vingtaine de décès, incluant des civils et des combattants Dozos. Un chef Dozo a exprimé publiquement son regret face à l'absence d'intervention de l'armée nationale pendant les événements. Les Forces armées maliennes (Fama) n'ont, à ce jour, émis aucun communiqué officiel concernant ces attaques.
Cette offensive s'inscrit dans la lignée des menaces antérieures du JNIM, qui avait promis de cibler les localités abritant des bases Dozos refusant de se soumettre à leurs conditions.
Crise humanitaire et déplacements massifs
La terreur engendrée par ces attaques a provoqué une panique généralisée, poussant des milliers de villageois à fuir leurs foyers. La majorité des déplacés se dirige vers Bankass, une commune déjà surchargée par des vagues successives de réfugiés internes. Les organisations humanitaires et les structures locales alertent sur une situation critique, les capacités d'accueil en termes d'eau, de nourriture et d'abris d'urgence étant largement dépassées. Cette nouvelle crise survient alors que la région peine encore à se remettre d'attaques précédentes en début de mois, qui avaient fait plus de cinquante morts.
Enjeux régionaux et défis sécuritaires
Les attaques de Bandiagara mettent en lumière les failles de la stratégie de sécurisation au Sahel. En ciblant les villages protégés par les Dozos, le JNIM démontre sa capacité à contourner les mécanismes d'autodéfense locale, qui constituent un pilier de la stabilité précaire dans le centre du Mali. Pour l'Alliance des États du Sahel (AES), cette situation révèle que le retrait des forces régulières vers les centres urbains expose les zones rurales à des risques de nettoyage ethnique ou idéologique. Si les armées sous-régionales ne parviennent pas à sécuriser les corridors ruraux, le contrôle des campagnes pourrait échapper définitivement aux administrations centrales, transformant ces zones en bastions pour des attaques futures.
Le dilemme des Fama face à l'usure de la guerre asymétrique
Cette tragédie soulève des interrogations quant à l'efficacité des alliances militaires du gouvernement de Bamako. Malgré les annonces régulières de succès stratégiques, l'incapacité de l'État à protéger ses propres supplétifs Dozos engendre doute et discorde. La guerre d'usure menée par Al-Qaïda pousse les communautés locales à des compromis, avec de plus en plus de localités cédant aux pressions du JNIM en signant des pactes de non-agression. Cette situation isole progressivement le pouvoir central malien sur son propre territoire.
Le massacre de Bandiagara et l'exode forcé vers Bankass illustrent la situation précaire des civils maliens, pris entre la violence du JNIM et l'impuissance des forces régulières. Le refus d'honorer le sacrifice des chasseurs Dozos pourrait affaiblir le dernier rempart de résistance populaire dans le centre du pays. La question demeure de savoir si l'état-major malien réagira par une contre-offensive d'envergure ou si l'abandon progressif des campagnes conduira à une division de fait de la nation malienne.
Source: Le Journal du Congo